Claire Laval

Pomerol

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Situé à quelques pas de l'Eglise du village, le château Gombaude Guillot est l'un de ces domaines viticoles privilégiés qui sont assis sur le plateau de Pomerol. Ce cru, qui est entre les mains de la même famille depuis quatre générations, présente la particularité - assez rare dans le monde du vin, unique à Pomerol - d'être directement administré et vinifié par une femme. La gestion de Claire Laval est le fruit d'une large réflexion qui prend appui sur la notion même de terroir et s'inscrit dans une approche très aboutie de l'agriculture biologique.

De son propre aveu, Claire Laval ne se destinait pas à la viticulture. Ingénieur agronome de formation, sa passion pour le monde animal la conduit dans un premier temps en Franche-Comté où elle devient formatrice auprès des éleveurs bovins. Le cours des choses s'infléchit en 1982, lorsque le père de Claire, fatigué, lui propose de prendre sa suite à Gombaude Guillot. "Je n'avais pas eu de formation initiale dans le domaine de la vigne et du vin, mais j'avais des notions générales et j'étais familière de la notion de terroir, souvent réservée à la viticulture mais qui peut parfaitement être étendue à d'autres productions (fromagère, par exemple)."

C'est ainsi qu'en 1983, Claire franchit le pas et prend la direction du domaine familial. Elle nous livre ici quelques confidences sur sa façon d'aborder les choses à Gombaude Guillot.

 

Pour commencer, comment en êtes-vous arrivée à la notion d'agriculture biologique ?

En "entrant en viticulture", j'ai été frappée par la contradiction générale qui consistait à mettre systématiquement en avant le terroir tout en y important un peu n'importe quoi. Pour tout agronome, le postulat de base est que le sol est un milieu vivant, sensible aux variations, qui comporte une flore et une faune. La qualité et l'équilibre de l'ensemble conditionnent l'état physiologique de la culture.

On est bien obligé de dire que les intervenants traditionnels de la vigne et du vin sont assez peu sensibles à ce questionnement. Les tenants de l'agriculture biologique, pour qui on ne peut modifier un élément sans modifier le tout, sont en fait, contrairement à l'idée reçue, plus proches du raisonnement scientifique...

C'est au travers de réunions techniques que je me suis rapprochée d'eux.

 

Comment se passe la mise en oeuvre de cette réflexion à Gombaude Guillot ?

Au-delà du respect du terroir, qui nécessite d'introduire aussi peu d'artefacts que possible, quelques idées force peuvent être énoncées. Et, en tout premier lieu, cette idée que l'équilibre sol/plante passe par la nécessité de nourrir le sol et non la plante. Par ailleurs, sur le chapitre de la protection sanitaire, je ne recherche pas l'éradication des parasites, mais leur contrôle. L'observation montre en effet que la démarche d'éradication induit des dommages souvent plus lourds que le problème de départ. Ensuite, je dirai qu'il ne faut pas trop "pousser" la vigne, au risque de détruire ainsi un équilibre et de la rendre plus attractive pour les parasites. Le contrôle de la production est essentiel. Le sur-régime de la vigne freine le processus de maturation et nuit à la qualité finale du produit. En réalité, il s'agit là d'idées de bon sens, aisément vérifiables, qui s'inscrivent dans un raisonnement global... Il faut avoir un sol qui vit, une plante bien équilibrée, avec une masse foliaire suffisante pour assumer la charge du fruit. J'y ajoute la nécessité de suivre l'évolution climatique pour tenter d'adapter le volume de la récolte...

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